Depuis le 1er septembre 2026, le jiu-jitsu brésilien a son examen de dan à la Fédération française de judo. Le règlement des grades des textes officiels 2026/2027 l’inscrit noir sur blanc, au même rang que le judo, le ju-jitsu traditionnel et le ju-jitsu contact.
Le vocabulaire d’abord, sans quoi la suite ne veut rien dire. Un dan est un échelon de ceinture noire, l’équivalent de ce que le JJB appelle un grau. Le règlement en compte sept et plafonne le jiu-jitsu brésilien au cinquième.
Une différence mérite d’être signalée tout de suite. En jiu-jitsu brésilien, la ceinture noire sans barrette est un grade en soi : on est noire, et les graus viennent après. Le système fédéral n’a pas cet échelon. Le premier grade qu’on y obtient est le 1er dan, qui correspond déjà au premier grau.
Le dispositif n’a rien d’inventé pour l’occasion. Le texte pose que les quatre disciplines ont la même structuration par unités de valeur et le même niveau d’exigence : c’est le format du judo, appliqué tel quel, avec un contenu technique propre à chacune. Ça explique au passage pourquoi le texte est truffé de termes japonais. Un lexique complet attend en fin d’article.
Quatre unités de valeur à décrocher, donc. Voici ce que dit le texte, UV par UV.
Qui peut se présenter
Pour la saison 2026/2027, il faut être né en 2012 ou avant. La présentation aux épreuves du 1er dan devient possible dès l’homologation de la ceinture marron, c’est-à-dire son enregistrement officiel par la fédération.
L’homologation du dan, elle, obéit à deux conditions supplémentaires : 15 ans révolus au minimum, et un an de ceinture marron. On peut donc passer les épreuves avant d’avoir le droit de porter la ceinture noire.
UV1, la forme imposée
Douze techniques de self-défense, soit la première série des imposées jiu-jitsu brésilien.
Pour un jujiteiro venu du circuit sportif, c’est l’UV la plus déroutante. Ça ne ressemble à rien de ce qu’on fait en randori, et ça se travaille à part, comme un programme à démontrer devant un jury.
UV2, la technique
Le candidat démontre dix techniques tirées de l’annexe de la progression française de jiu-jitsu brésilien. C’est le jury qui les choisit, pas le candidat. Deux méconnaissances sont acceptées, et l’épreuve dure cinq minutes au maximum.
Autrement dit, il faut connaître toute la progression pour en montrer dix.
Cette liste ne figure pas dans le règlement des grades, mais dans une annexe distincte : la progression française de jiu-jitsu brésilien. La fédération met en ligne les progressions de judo, pas celle-ci. Le plus sûr est de la demander à sa ligue.
En revanche, le règlement nomme les techniques sans imposer la manière de les amener. Si le jury demande un juji-gatame, la clé de bras, rien n’oblige à la monter depuis la garde fermée comme dans un manuel : une entrée à la volée fait le travail.
UV3, l’efficacité
C’est l’UV qui demande le plus d’organisation. Le règlement y ouvre deux options, et l’UV se valide par l’une ou par l’autre.
Les deux options se comptent en points. Avant de les détailler, il faut donc savoir où ces points se marquent.
Le shiai, là où se marquent les points
Le terme vient du judo, et beaucoup de jujiteiros le découvrent avec ce règlement. Un shiai n’est pas une compétition. C’est une session de combats organisée dans le seul but de marquer des points pour le grade : pas de podium, pas de classement. On vient chercher des points et on repart avec. Le règlement parle aussi de test d’efficacité, les deux mots désignent la même chose.
La formule tient en une règle : cinq combats maximum par session. Et on n’affronte que des pratiquants qui portent le même grade que soi, les poules étant constituées par grade.
Le barème du JJB est court :
- victoire par soumission, clé, étranglement ou compression : 10 points
- victoire avec un écart d’au moins 7 points : 7 points
Un candidat qui enchaîne cinq victoires consécutives et totalise au moins 44 points dans la même session a validé son test d’un coup. Il sort alors de la poule.
Rien ne limite le nombre de shiai auxquels on participe : tant qu’il manque des points, on y retourne. La seule chose qui ne se reporte pas d’une session à l’autre, c’est cette série de cinq victoires : elle doit tomber dans la même journée. S’il vous manque un combat ce jour-là, la série est à refaire ailleurs. Les points, eux, s’accumulent sur autant de sessions qu’on veut.
Deux détails d’organisation. Si l’organisateur ne peut pas proposer cinq combats à chacun, il a le droit de piocher dans d’autres poules, toujours sans dépasser cinq combats par personne. Et un candidat reste libre de refuser un combat qu’on lui propose, par exemple sur une différence de poids qu’il juge trop importante.
Le déroulé des combats
À l’intérieur d’une poule de même grade, l’organisateur cherche les groupes de poids les plus homogènes possibles, après une pesée en kimono. Les combats de JJB durent trois minutes, avec deux minutes de récupération entre chaque. Pas de prolongation ni de combat additionnel, et le match nul existe.
Trois minutes, c’est court, et le barème pousse à l’attaque. Une victoire ne rapporte que par soumission ou avec au moins sept points d’écart : gagner 4-2 ne vaut rien pour le grade, un match nul non plus. Aucun des deux combattants n’a donc intérêt à figer le combat. L’arbitrage va dans le même sens : ni avantage pour départager, ni décision, et des pénalités réservées à l’attitude négative, aux gestes contraires à l’esprit sportif et à la sécurité.
Le regroupement par grade connaît une exception : quand une poule ne peut pas se constituer, notamment chez les féminines, la commission régionale peut mélanger deux grades voisins, un 2e dan avec un 3e dan par exemple. Les points marqués restent les mêmes. En revanche, les ceintures marron ne peuvent pas être intégrées aux poules de ceintures noires. Là où les marron sont rares, ça peut compliquer la constitution d’une poule.
La relation grade-championnat
La plupart des candidats marquent leurs points par là. La commission spécialisée des dan et grades équivalents (CSDGE), l’instance nationale qui gère les grades, permet aux compétiteurs à partir de la ceinture marron de comptabiliser les valeurs à 7 et 10 points marquées en combat officiel. Même barème qu’en shiai, mais sur de vraies compétitions. Ces points s’ajoutent à ceux du shiai.
Une condition à ne pas manquer : les points ne comptent qu’à partir de la date d’homologation du grade précédent. Ceux marqués avant sont perdus pour le grade visé.
Première option, l’efficacité sportive
Cent points cumulés, marqués en shiai ou en relation grade-championnat, dans l’ordre et les proportions qu’on veut.
Deuxième option, l’efficacité combinée
Elle se décompose en deux parties. La partie A demande 20 points seulement, marqués aux mêmes endroits. Les candidats de 40 ans ou plus en sont dispensés.
La partie B est un travail conventionnel, à passer devant un jury. D’abord deux minutes d’uchi-komi ou de drill, la répétition d’une entrée technique sans aller au bout du mouvement, sur au moins trois positions de base différentes. Ensuite deux exercices d’application de deux minutes, en kakari-geiko ou yaku-soku-geiko au sol. Dans le premier, un partenaire attaque en continu pendant que l’autre se défend sans contrer. Dans le second, les attaques sont convenues d’avance et chacun laisse l’autre construire, ce que le JJB appelle un flow roll. Le coordonnateur de l’épreuve donne les consignes.
Cette partie ne se fractionne pas, et le résultat porte sur l’ensemble des deux parties.
Laquelle prendre
20 points contre 100, le calcul semble vite fait. Sauf que la comparaison ne porte pas que sur des points.
La première se règle entièrement en combat. La seconde réclame des points, plus une épreuve à passer devant un jury. En pratique : un compétiteur régulier marque ses 100 points en faisant ce qu’il fait déjà, et ne présente jamais d’épreuve d’efficacité. Un pratiquant qui ne fait pas ou peu de compétition va chercher ses 20 points en shiai, puis passe l’épreuve technique.
Passé 40 ans, la partie A saute et il ne reste que le travail conventionnel. C’est là que la deuxième option devient franchement la plus courte.
UV4, l’engagement
Une demi-journée de stage, ou une demi-journée de mise en situation comme arbitre ou commissaire sportif, l’officiel qui tient la table de marque. C’est tout.
Deux équivalences existent : être commissaire sportif départemental en activité, ou avoir participé à la coupe du jeune officiel. La validation revient à l’organisme territorial délégataire (OTD), la structure fédérale de votre territoire, qui remonte le résultat sur l’extranet de la fédération.
L’UV4 a une particularité utile : elle est transversale. Une UV4 acquise pour un dan donné vaut pour les quatre disciplines de la fédération. Un judoka qui a validé la sienne n’a pas à la repasser côté JJB pour le même dan.
Où se passent les épreuves
UV1 et UV2 se présentent devant deux évaluateurs minimum, certifiés au niveau régional pour le grade visé. Le national répartit les territoires et impose au moins quatre sessions par an, la coordination revenant à la commission d’organisation régionale des grades (CORG) de la région où se déroule le passage.
L’UV3 fonctionne autrement : sessions organisées par ligue ou interligue, c’est-à-dire à l’échelle d’une région ou de plusieurs regroupées, devant un corps arbitral validé par la commission régionale d’arbitrage. Le nombre de sessions dépend de la durée du passage de grades et du nombre de licenciés. Ces sessions sont ouvertes aux licenciés des autres ligues.
L’ordre dans lequel on présente les épreuves est laissé au libre choix du candidat.
Jusqu’où ça monte
Le plus haut grade en jiu-jitsu brésilien est aujourd’hui le 5e dan. Au-delà, une commission ad hoc de la CSDGE examinera les dossiers au cas par cas.
Lexique du règlement
Le règlement est écrit dans le vocabulaire de la fédération, celui du judo. Un pratiquant qui n’a jamais mis les pieds dans un dojo de judo y lit une langue étrangère. Récapitulatif des termes croisés dans cet article.
| Terme du règlement | Ce que c’est en JJB |
|---|---|
| Dan | L’échelon de ceinture noire, l’équivalent du grau. Le système fédéral n’a pas d’équivalent de la noire sans barrette : le 1er dan correspond déjà au premier grau. |
| Homologation | L’enregistrement officiel d’un grade par la fédération. Les délais avant le grade suivant courent à partir de cette date, pas de la remise de la ceinture. |
| Shiai | Une session de combats organisée pour marquer des points de grade, sans podium ni classement. Le règlement dit aussi test d’efficacité. |
| Forme imposée | Une démonstration de techniques devant un jury. C’est le kata côté judo, une notion qui n’existe pas en JJB. |
| Uchi-komi | La répétition d’une entrée technique sans aller au bout du mouvement. Le drilling. |
| Kakari-geiko | Un partenaire attaque en continu pendant que l’autre se défend sans contre-attaquer. Ici demandé au sol. |
| Yaku-soku-geiko | Un travail souple aux attaques convenues d’avance, où chacun laisse l’autre construire. Le flow roll. |
| Randori | Le combat souple. Le terme s’emploie déjà en JJB. |
| Juji-gatame | La clé de bras, l’armbar. |
| Judogi | Le kimono. La pesée du shiai se fait habillé. |
| Ligue | L’échelon régional de la fédération. C’est elle qui organise les sessions d’UV3. |
| CORG | Commission d’organisation régionale des grades. Elle coordonne les passages dans la région. |
| CSDGE | Commission spécialisée des dan et grades équivalents, l’instance nationale des grades. |
| OTD | Organisme territorial délégataire. C’est lui qui valide l’UV4. |
L’UV1 est le meilleur exemple du décalage. Le texte parle de forme imposée, terme qui renvoie au kata côté judo. En jiu-jitsu brésilien, le kata n’existe pas : ce que le candidat présente, ce sont des démonstrations de techniques de self-défense. Le contenu, lui, ne pose aucun problème.
Reste à former les enseignants de jiu-jitsu brésilien à ce référentiel et à son vocabulaire.
FAQ
Le règlement prévoit une procédure d’équivalence. Elle concerne les titulaires d’un dan de jiu-jitsu brésilien délivré avant le 1er septembre 2026 par une organisation autre que la FFJDA, et reste ouverte jusqu’au 31 décembre 2030.
La demande se formule auprès de la commission ad hoc des équivalences de grades de la CSDGE, qui statue sur sa recevabilité. Le dossier part par courriel à grade@ffjudo.com avec une copie du diplôme de grade et un justificatif d’identité. Les frais administratifs s’élèvent à 50 euros à la date de publication du règlement, et sont fixés chaque année par le règlement financier de la fédération.
Cette procédure découle de l’article L212-5 du code du sport, que le règlement cite : en arts martiaux, on ne peut se prévaloir d’un dan que s’il a été délivré par la commission spécialisée de la fédération délégataire, ou à défaut de la fédération agréée consacrée exclusivement aux arts martiaux. L’équivalence est la voie prévue pour mettre son grade en conformité.
Pas l’UV4. Elle est transversale aux quatre disciplines de la fédération : celle que vous avez validée pour un dan donné vaut pour le même dan en jiu-jitsu brésilien. Restent l’UV1, l’UV2 et l’UV3, dont les contenus sont propres à la discipline.
La deuxième option de l’UV3 dispense les candidats de 40 ans et plus de la partie points. Il ne reste que le travail conventionnel à présenter devant un jury : uchi-komi et exercices d’application au sol. Les UV1, UV2 et UV4 se passent normalement.
Oui, par la relation grade-championnat, à partir de la ceinture marron. Une soumission vaut 10 points, une victoire avec au moins 7 points d’écart en vaut 7. Attention à la date : seuls les résultats obtenus après l’homologation de votre grade précédent sont comptabilisés. Ceux d’avant ne comptent pas pour le grade visé.
Dix victoires par soumission, ou quinze à 7 points d’écart, ou un mélange des deux. En shiai, où l’on ne dispute que cinq combats par session, cela suppose au minimum deux journées sans défaite. En passant par la compétition, le rythme dépend de votre calendrier.
Pas dans le règlement des grades. Elle figure dans l’annexe de la progression française de jiu-jitsu brésilien, un document distinct à demander à votre ligue.
Le règlement laisse l’ordre de présentation au libre choix du candidat. L’UV1 et l’UV2 s’évaluent lors des mêmes sessions régionales, l’UV3 et l’UV4 se jouent ailleurs et à d’autres moments.
Sources
- Fédération française de judo, ju-jitsu, kendo et disciplines associées, Textes officiels 2026/2027, règlement des grades (PDF), applicable au 1er septembre 2026. Sections 1.3.3, 2.4.3, 2.5, 2.6.1, 2.6.2, 3.1, 3.5.1, 4.4 et 4.5.2.
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