Marcelotine : la guillotine qui ne respecte pas les catégories de poids

Deux judokas s'entraînent au sol dans un dojo

Marcelo Garcia a gagné quatre fois l’ADCC et cinq titres mondiaux en battant régulièrement plus lourd que lui. Histoire de la Marcelotine, sa guillotine arm-in devenue référence mondiale.

Il pèse 77 kilos. En face, des gars qui en font 90, 95, parfois plus. Et il gagne, par étranglement, avec la même technique qu’il travaille depuis ses débuts. Si tu as regardé du grappling au milieu des années 2000, tu connais la scène : Marcelo Garcia attrape la tête, glisse le bras, et l’adversaire tape dans les secondes qui suivent. La communauté a fini par coller un nom dessus. La Marcelotine.


Le grappler qui changeait les règles du jeu

Marcelo Garcia naît le 17 janvier 1983 à Formiga, dans l’État du Minas Gerais. Il reçoit sa ceinture noire de Fabio Gurgel, l’un des fondateurs de l’équipe Alliance, une des plus grosses académies de la discipline. C’est là, dans une concurrence féroce, qu’il affûte son jeu.

Ce qui frappe chez lui dès ses premières grandes compétitions, c’est la cohérence. Il ne joue pas dix techniques en espérant qu’une accroche. Il a un système : prise de dos, X-Guard, arm-drag, et cette guillotine bien à lui qu’il arme dans des situations où personne d’autre ne la tente.

Marcelo Garcia en bref

  • Né le 17 janvier 1983 à Formiga (Brésil)
  • Ceinture noire sous Fabio Gurgel (Alliance)
  • 4 titres ADCC en -77 kg : 2003, 2005, 2007, 2011
  • 5 titres mondiaux IBJJF en ceinture noire
  • Membre des Hall of Fame IBJJF et ADCC
  • Retour en compétition à 42 ans : ONE 170, janvier 2025, victoire par étranglement contre Masakazu Imanari après quatorze ans d’absence

Quatre titres ADCC, une même arme

L’ADCC (Abu Dhabi Combat Club) est la compétition de grappling la plus relevée au monde. Pas de points pour la position, pas de kimono : on gagne par soumission ou aux avantages, et ce sont les finisseurs qu’on récompense. Le terrain parfait pour un joueur de soumissions.

Marcelo y remporte la catégorie -77 kg quatre fois : 2003 à São Paulo, 2005 à Long Beach, 2007 à Trenton, 2011 à Nottingham. Quatre fois sur le même format, au niveau mondial, en croisant régulièrement des adversaires plus lourds que lui quand il monte en absolute. Et ce qui revient combat après combat, c’est la guillotine. Souvent en contre, depuis une attaque adverse qui tourne mal.


Pourquoi « Marcelotine » ?

La communauté grappling adore les surnoms. Quand une technique sort aussi souvent et aussi proprement chez un seul compétiteur, la baptiser devient irrésistible. La guillotine de Marcelo, dans sa version haute au positionnement de coude si particulier, est ainsi devenue la « Marcelotine » (ou Marcelotina en portugais).

L’origine exacte du nom n’est pas documentée : pas de message fondateur, personne qui revendique l’avoir lancé. C’est une de ces appellations que la communauté a adoptées toute seule, sans doute au milieu des années 2000 quand les forums commentaient ses combats ADCC. Ce qui compte, c’est ce qu’elle désigne : une variation de guillotine que Marcelo a tellement imposée qu’on ne peut plus penser à l’une sans l’autre.


La technique : ce qui la rend différente

La guillotine classique est un étranglement frontal. L’attaquant enroule le bras autour du cou, ferme la prise, comprime. Simple en principe, redoutable en pratique, mais avec une limite connue : si l’adversaire glisse son bras à l’intérieur de la prise (l’« arm-in »), la pression se dissipe et l’étranglement perd son efficacité. La parade habituelle, c’était donc d’éviter cette configuration.

Marcelo n’a pas résolu le problème. Il a décidé que ce n’en était pas un.

La guillotine « high-elbow »

Sa version fonctionne justement avec le bras adverse à l’intérieur, d’où les noms « arm-in guillotine » ou « high-elbow guillotine ». Toute la différence tient dans la position de son coude.

La mécanique, en gros :

  1. La saisie du cou. L’avant-bras vient se loger contre la gorge et la carotide. Pas une prise molle : la lame de l’avant-bras doit s’enclencher profondément.
  2. Le coude haut. C’est là que ça diverge de la guillotine classique. Le coude monte vers le ciel au lieu de pointer vers le bas. Ce détail crée une ligne de force qui maintient la pression même avec le bras adverse pris dans la prise.
  3. La prise. Souvent un gable grip (paumes face à face, doigts croisés) ou une saisie haute sur son propre poignet. L’idée est de verrouiller avant de serrer.
  4. Le contrôle des hanches. Garcia entre fréquemment depuis une défense de takedown : l’adversaire cherche à le projeter, lui se défend, attrape la tête dans le mouvement et exploite l’élan de l’attaque adverse pour fermer. Le corps s’enroule autour de la tête, les hanches montent, la pression grimpe.

Pourquoi ça marche contre plus lourd

Une guillotine arm-in bien armée combine deux effets en même temps : compression de la trachée (plus d’air) et pression sur les carotides (plus de sang au cerveau). Quand les deux travaillent ensemble, le chrono est très court, quelques secondes. La force brute ne compense pas le cerveau privé d’oxygène.

Si Marcelo peut l’appliquer sur des gabarits supérieurs, c’est grâce à cette mécanique : la prise est armée par la position du corps entier, pas par la seule force des bras. Les hanches, l’épaule, le poids participent à la compression. Vingt kilos de plus ne suffisent pas à « sortir en force » quand le levier est bien posé.

Les entrées principales

La plus emblématique part de la défense de double-leg : l’adversaire plonge sur les deux jambes, Marcelo sprawle (hanches en arrière), et la tête se retrouve pile là où il faut. Il l’arme aussi depuis la demi-garde, quand l’adversaire porte son poids vers l’avant pour passer, et plus rarement debout, quand une tête plonge dans un corps-à-corps mal géré.

La défense

Se défendre de la Marcelotine, c’est surtout ne pas s’y retrouver. Une fois la prise haute armée, les options se comptent sur les doigts d’une main : protéger son menton et garder la tête neutre pour empêcher l’avant-bras d’entrer, se redresser et pivoter pour aligner l’épaule sur la tête si la prise n’est pas encore fermée, ou tenter de passer les hanches d’un côté pour casser l’équilibre de l’attaquant avant qu’il ne verrouille. La vérité, c’est que la plupart des pratiquants pris dans une Marcelotine bien serrée tapent. La question n’est pas « comment sortir » mais « comment ne pas y entrer ».


Son influence sur le grappling moderne

La Marcelotine a changé la façon d’enseigner la guillotine en NoGi. Avant Marcelo, beaucoup de coachs déconseillaient la configuration arm-in. Après lui, tout le monde a cherché à comprendre le high-elbow.

On retrouve aujourd’hui des variations de sa guillotine chez des compétiteurs comme Lachlan Giles, qui a soumis plusieurs adversaires bien plus lourds que lui à l’ADCC 2019 avec une arm-in guillotine. La technique a aussi irrigué le MMA : une entrée en double-leg ratée reste l’une des situations où l’on voit le plus souvent tenter une guillotine arm-in. C’est l’héritage direct de ce que Marcelo a démontré pendant dix ans.

Pour situer la guillotine parmi les finitions les plus fréquentes au tatami, l’article sur les soumissions les plus courantes en compétition de JJB donne un bon aperçu de leur taux de réussite.


L’académie et la transmission

En 2009, Marcelo Garcia ouvre MG in NYC à Manhattan. L’adresse devient vite une référence du grappling NoGi. Sa pédagogie tient à la même chose que son jeu : un principe simple, une exécution profonde. Il enseigne peu de techniques mais les travaille dans tous les contextes imaginables.

Autre arme qu’il a contribué à remettre au goût du jour : la Kimura, dont il a bâti un système complet de « Kimura trap » depuis la garde. Relier une clé de bras et un étranglement frontal dans une même logique, c’est toute son approche du jeu.


Variations et usage actuel

La guillotine arm-in version Marcelo s’est déclinée de plusieurs façons. Il y a la high-elbow pure, celle décrite ici, coude haut et prise serrée. Il y a la version avec triangle de jambes autour du corps adverse, depuis la garde papillon ou la demi-garde, pour bloquer la fuite latérale et ajouter de la pression. Et il y a la version debout, où l’on attrape la tête et où l’on saute en garde pour fermer avec le poids du corps.

À mettre en regard avec le mataleão, l’étranglement par derrière : la guillotine attaque de face, le mataleão dans le dos. Deux contextes opposés, une même logique, la pression sur les carotides.


La technique en vidéo


Sources


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Écrit par

Groupe d'étudiants en JJB

Venir travailler la guillotine à Ceyrat

La guillotine fait partie de ces techniques qui paraissent simples sur le papier et résistent à des années de travail. La version arm-in de Marcelo Garcia, surtout, ne s’improvise pas : la position du coude, le timing depuis la défense de takedown, la fermeture de la prise, chaque détail compte.

À la Musō Jiu-Jitsu Académie, à l’Arténium de Ceyrat, on travaille ces fondamentaux dans le bon ordre : d’abord comprendre pourquoi la technique marche, ensuite la répéter jusqu’à ce qu’elle parte toute seule au randori.

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