Kimura : l’histoire d’une clé de bras qui a changé le JJB

Démonstration de la clé de bras Kimura lors d'un séminaire de Neil Melanson en mars 2012

En 1951, au Maracanã, Masahiko Kimura bat Hélio Gracie avec une clé d’épaule. La presse brésilienne donne ensuite son nom à la technique. Histoire de la kimura, de sa mécanique et de ses entrées en JJB.

En 1951, au Maracanã, le judoka japonais Masahiko Kimura affronte Hélio Gracie devant 20 000 personnes. Selon Kimura, il lui casse le bras. Hélio refuse d’abandonner, et c’est son frère Carlos qui met fin au combat. Quelques années plus tard, la presse brésilienne donne à la technique le nom du vainqueur. Soixante-quinze ans après, tout le monde travaille la kimura sans toujours savoir que c’est un nom propre.


23 octobre 1951, Maracanã

Le Maracanã venait d’être inauguré pour la Coupe du monde 1950. Un an plus tard, le stade accueille un autre genre d’événement : un combat entre deux arts martiaux.

D’un côté, Masahiko Kimura, 34 ans, judoka japonais, triple champion du Japon et invaincu depuis 1936. De l’autre, Hélio Gracie, 38 ans, l’une des figures fondatrices du jiu-jitsu brésilien et une célébrité au Brésil.

Kimura est nettement plus lourd qu’Hélio : l’écart est estimé entre 10 et 15 kilos, mais aucune pesée officielle n’a eu lieu. Vingt mille spectateurs sont dans les gradins, dont le président brésilien Getúlio Vargas.

La tournée des judokas japonais au Brésil avait déjà donné lieu à des rencontres préliminaires. Hélio avait affronté Yukio Kato, membre de l’équipe de Kimura : un match nul d’abord, puis une victoire par étranglement lors de la revanche. Cela suffisait pour lancer le défi.

Ce 23 octobre 1951, les règles sont simples : seules la soumission ou la perte de connaissance donnent la victoire.


Le combat

Kimura domine d’entrée. Il projette Hélio plusieurs fois. Hélio tient et refuse d’abandonner. Carlos Gracie, son frère, est au bord du tatami.

Au deuxième round, Kimura saisit le bras d’Hélio, contrôle le poignet et l’épaule en même temps, et applique la pression. Dans son autobiographie, My Judo, Kimura raconte avoir cassé le bras d’Hélio une première fois. Hélio refuse toujours de taper. Kimura tourne encore, et le bras casse une seconde fois.

C’est la version la plus citée aujourd’hui. Certains comptes rendus de la presse brésilienne de l’époque minimisaient la gravité de la blessure. Sans rapport médical, il est difficile de trancher.

Une chose est sûre : Hélio ne tape pas. C’est Carlos qui arrête le combat. Les sources évoquent une serviette jetée et deux tapes sur le dos de Kimura : le détail exact du geste reste flou.

Kimura est déclaré vainqueur. La technique qu’il a utilisée, le gyaku-ude-garami (« clé de bras inversée » en japonais), n’a pas encore d’autre nom ce soir-là.


Encart : Masahiko Kimura (1917-1993)

Né le 10 septembre 1917 à Kumamoto, Kimura commence le judo enfant. Il remporte le championnat du Japon trois années de suite, en 1937, 1938 et 1939, une première, et reste invaincu de 1936 à 1950.

Après la guerre, il devient lutteur professionnel au Japon et part en tournée à l’étranger, notamment au Brésil. Il raconte sa carrière dans son autobiographie, My Judo.

On lui attribue souvent cette formule : « Pas de Kimura avant Kimura, pas de Kimura après Kimura. » Ce n’est pas la sienne, mais celle de ses admirateurs.

Il meurt le 18 avril 1993 à Tokyo. Son nom est aujourd’hui prononcé dans les académies de JJB du monde entier.


Comment la technique a pris son nom

Le gyaku-ude-garami existait en judo depuis longtemps. Ce ne sont pas les Gracie qui l’ont rebaptisé. Lors de la seconde tournée de Kimura au Brésil, en 1959, les journalistes sportifs l’appellent « Kimuriana », en souvenir du combat de 1951. Le nom se raccourcit ensuite en « kimura », et c’est ainsi qu’on le connaît aujourd’hui en JJB comme en MMA.

La kimura n’est pas la seule technique à porter le nom d’un judoka : l’étranglement Ezekiel en est un autre exemple. Pour la place du judo dans la naissance du JJB, voir l’histoire du jiu-jitsu brésilien.


La kimura aujourd’hui : mécanique et entrées

La kimura repose sur un principe simple : on contrôle le poignet de l’adversaire, on passe un bras derrière son coude et on saisit son propre poignet, en figure quatre. Le levier force l’épaule en rotation interne, le bras ramené dans le dos. L’americana, elle, travaille l’épaule dans l’autre sens, en rotation externe : voir le Mir lock.

La technique est la même en judo et en JJB. Ce qui change, ce sont les entrées, beaucoup plus nombreuses en JJB :

  • depuis la garde fermée, quand l’adversaire pose une main au sol ou sur vos hanches : on saisit son poignet, on s’assoit sur le côté et on installe la clé. C’est l’entrée que les ceintures blanches découvrent en premier au club ;
  • depuis le contrôle latéral, l’entrée la plus classique au-dessus ;
  • depuis le nord-sud, où l’on est allongé tête-bêche sur l’adversaire, la kimura s’applique sur le bras le plus proche ;
  • depuis la demi-garde, le jujiteiro du dessous peut attaquer le bras de celui qui passe.

Au club, la kimura sert autant à finir qu’à contrôler. La saisie en figure quatre ouvre des renversements et des prises de dos, même quand la clé ne passe pas. Des pratiquants en ont fait tout un système : le plus connu, le Kimura trap system de l’Américain David Avellan, est construit autour de cette saisie.

Pour situer ces positions, voir les 5 positions fondamentales du JJB.


La défense

Ramener le coude contre le corps pour ne pas laisser passer le bras de l’attaquant. Saisir sa propre ceinture, son pantalon ou sa propre jambe pour verrouiller le bras et empêcher la rotation. Et surtout, gagner le combat des saisies : celui qui contrôle le poignet en premier prend l’avantage.


Le combat en images

Pour voir le combat de 1951 et son influence sur la technique aujourd’hui :


Sources


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