Mata leão : aux origines du « tueur de lion »

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L’étranglement arrière le plus universel du JJB porte un nom portugais : mata leão, « tueur de lion ». Histoire du combat fondateur Rickson Gracie contre Rei Zulu en 1980, du hadaka-jime japonais au mata leão moderne.

25 avril 1980, Brasília. Rickson Gracie, 20 ans, monte sur le ring face à Casemiro Martins, dit Rei Zulu. Un combattant d’1,91 m, nettement plus lourd, réputé invaincu. Dans le vestiaire, même son entourage est impressionné. Onze minutes cinquante-cinq plus tard, Zulu est inconscient, étranglé par derrière. C’est ce combat qui fixera le mata leão dans l’imaginaire brésilien.


Le combat fondateur : Rickson Gracie vs Rei Zulu, 1980

La date est précise : 25 avril 1980, à Brasília. Rickson Gracie a 20 ans. Il est le fils d’Hélio Gracie, le patriarche du jiu-jitsu brésilien.

En face de lui, Casemiro de Nascimento Martins. Son surnom dit tout : Rei Zulu, le « roi Zulu ». 1,91 m, environ 100 kg, formé au tarracá, un art martial traditionnel de l’État du Maranhão transmis de père en fils. Il a dix-sept ans de combats derrière lui et on le dit invaincu. Son gabarit seul semble suffire à régler la question avant même que ça commence.

Les règles sont celles du vale tudo d’alors, c’est-à-dire presque rien d’interdit. Selon Rickson lui-même, il pèse 74 kg, Zulu 98 : vingt-quatre kilos d’écart, et treize centimètres de plus pour Zulu.

Le combat dure onze minutes cinquante-cinq. À la fin du premier round, Rickson, couvert du sang de Zulu, dit à son père qu’il est épuisé et ne peut pas continuer. C’est son frère Rolls qui le remet en selle, avec un seau d’eau glacée sur la tête. Au round suivant, il prend le dos de Zulu et l’étrangle. Zulu s’endort.

Ce n’est pas qu’une victoire sportive. C’est une démonstration télévisée que la technique peut suffire à compenser le gabarit. Au Brésil, dans les années 1980, on ne pouvait pas rêver mieux pour faire connaître le jiu-jitsu.

Quatre ans plus tard, les deux hommes se retrouvent au Maracanãzinho à Rio de Janeiro, devant 20 000 spectateurs. Même fin, au deuxième round : Rickson soumet Zulu par étranglement arrière. Deux combats, deux mata leão, et le message passe pour de bon.


Le vale tudo des années 1970-1980 au Brésil

Pour comprendre pourquoi ce combat compte, il faut replacer l’époque. Dans les années 1970-80, le vale tudo brésilien est largement souterrain. Les combats se font dans des dojos, des petits gymnases, rarement dans des salles publiques. Depuis les années 1960, le sport a quasiment disparu des radars médiatiques.

La nomination de Robson Gracie (cousin de Rickson, fils de Carlos) à la présidence de la Superintendance des sports de l’État de Rio de Janeiro en 1980 change la donne. Les Gracie ont accès aux grandes salles, les combats reprennent dans les stades, et le public revient.

Le vale tudo de cette période n’a rien à voir avec le MMA réglementé d’aujourd’hui. Pas de rounds courts, pas de cage, peu de règles formelles. Ce qui marche dans cet environnement, c’est ce qui marche dans une vraie bagarre : contrôler l’adversaire au sol et l’étrangler avant qu’il puisse se relever. Le jeu de positions fondamentales du JJB, et en particulier le contrôle du dos, trouve là son terrain de validation le plus direct.

L’étranglement arrière est la conclusion naturelle de cette logique. Depuis le dos, l’adversaire ne peut ni frapper, ni se lever, ni se défaire si on sait ce qu’on fait. C’est la fin de match la plus propre qui existe.


Encart : Rei Zulu (Casemiro de Nascimento Martins, né en 1947)

Rei Zulu n’est pas un inconnu. Né le 9 juin 1947, formé au tarracá par son père dans l’État du Maranhão, il s’impose dans les années 70 comme une figure du combat brésilien en marge des arts martiaux institutionnels. Le tarracá est une discipline traditionnelle peu connue hors du nord-est du Brésil, mais c’est dans cet héritage qu’il puise sa préparation.

Grand, massif, intimidant. Sa réputation d’invaincu ne tient d’ailleurs pas tout à fait : avant d’affronter Rickson, il avait perdu contre Euclides Pereira, sur une guillotine. Mais elle est bien réelle dans l’imaginaire brésilien. Zulu représente la force pure, l’adversaire qu’on n’est pas censé pouvoir battre à la régulière si on n’a pas sa carrure.

C’est précisément ce qui rend les deux défaites face à Rickson aussi marquantes. Pas une fois, mais deux. La même fin à chaque fois.


Du hadaka-jime au mata leão : pourquoi le nom a changé

La technique, elle, préexiste largement au combat de 1980. En japonais, elle s’appelle hadaka-jime (裸絞), littéralement « étranglement nu ». Nu, parce qu’on n’utilise pas le tissu du kimono, contrairement à d’autres étranglements du judo. Le hadaka-jime fait partie des 12 techniques d’étranglement (shime-waza) de la liste officielle du Kodokan.

Quand le judo arrive au Brésil via Maeda au début du XXe siècle, il apporte avec lui tout son répertoire de ne-waza, le travail au sol. Le hadaka-jime passe la frontière comme les autres. Le nom mata leão, « tueur de lion », n’arrive que bien plus tard, dans les années 1960.

Contrairement au Kimura, qui porte le nom d’un homme précis (Masahiko Kimura, judoka qui a soumis Hélio Gracie en 1951), le mata leão n’est pas un éponyme. Ce n’est pas Rickson qui lui a donné son nom. La technique s’appelait déjà mata leão avant 1980. Ce que Rickson a fait, c’est lui coller un visage mémorable et un récit qui circule.


Étymologie : « tueur de lion », vraiment ?

Oui. En portugais, « mata » vient du verbe « matar » (tuer) et « leão » signifie lion. Mata leão = celui qui tue le lion.

Le nom apparaît dans le jiu-jitsu brésilien et le vale tudo dans les années 1960 ; on parlait jusque-là d’« étranglement technique ». On l’attribue souvent à Reylson Gracie. Il raconte avoir vu des photos de Mas Oyama, le fondateur du karaté kyokushin, et s’être dit que ce costaud était un « lion », au sens où le portugais le dit d’un homme massif, mais qu’il pourrait l’étrangler par derrière.

L’image rejoint un récit bien plus ancien : pour tuer le lion de Némée, dont la peau était invulnérable aux armes, Héraklès l’aurait étranglé à mains nues. Sebald Beham grave la scène en 1548. La leçon n’a pas changé : face à un adversaire plus fort, on se place dans le dos, bras autour du cou.

C’est une image parlante pour le jiu-jitsu. La technique ne demande pas d’être plus grand ou plus musclé que l’autre. Elle demande d’être dans la bonne position. Et depuis le dos, si tu sais serrer, même Rei Zulu s’endort.

On retrouve parfois une variante : sossega-leão (« calme le lion »), pour la même prise. Plus poétique, mais l’image est la même.


Le mata leão aujourd’hui : mécanique et entrées

Le mata leão est un étranglement sanguin, pas trachéal. La différence est importante : on ne cherche pas à couper la respiration de l’adversaire, on comprime les artères carotides pour réduire l’afflux de sang au cerveau. Il agit plus vite qu’un étranglement sur la trachée. Une étude menée sur 24 policiers mesure en moyenne 9,5 secondes avant les premiers signes de perte de conscience (Mitchell et al., 2012). Côté MMA, une étude analysant les soumissions terminales en UFC place le mata leão autour de la moitié des étranglements réussis (Stellpflug et al., 2022). C’est de loin l’étranglement le plus fréquent en UFC.

La mécanique : depuis le contrôle du dos (crochets ou triangle de corps), le bras actif passe devant la gorge et vient se poser sur le biceps du bras d’appui. Ce dernier remonte derrière la tête de l’adversaire. On serre en ouvrant la poitrine, pas en tirant les bras vers soi. C’est l’expansion du thorax qui crée la pression, pas la force des avant-bras.

Au club, on travaille les deux entrées classiques ensemble, dès les premières semaines. Depuis le dos établi, crochets en place, on mène le combat des mains pour dégager le menton, on place l’avant-bras, on finit. Depuis la tortue (adversaire à quatre pattes), on prend le dos en glissant sur le côté, on installe les crochets, puis on enchaîne sur l’étranglement. Plus avancé : depuis le truck (contrôle de la cheville depuis le dos), on passe au dos complet avant d’étrangler.

Pour une vue d’ensemble des soumissions utilisées en compétition, l’article soumissions les plus courantes en compétition de JJB donne le contexte général.

La défense

La défense au mata leão commence avant que le bras soit en place. Une fois l’avant-bras installé correctement sur les carotides, la marge de manœuvre se réduit vite.

Deux axes prioritaires : protéger le menton (menton vers la poitrine pour empêcher le placement initial) et travailler le contrôle à deux mains du bras d’étranglement, pour l’écarter avant qu’il soit verrouillé. Si le bras est déjà en place, la sortie passe par une rotation du corps vers le bras d’appui, combinée à un pivot pour revenir face à l’adversaire. C’est tout sauf simple, et c’est aussi pour ça que le mata leão ferme autant de combats.

Variations modernes

Le triangle de corps remplace souvent les crochets classiques dans le grappling contemporain : une jambe passe devant le ventre de l’adversaire, l’autre reste accrochée derrière, et les chevilles se croisent pour créer une compression supplémentaire du tronc. Ça limite la mobilité et complique les sorties.

En compétition de haut niveau, on voit aussi des finalisations sans crochets, depuis une position de transition, avant même d’avoir établi le dos proprement. Le principe ne change pas : avant-bras sur les carotides, bras d’appui verrouillé, on ouvre la poitrine.


La technique en vidéo

Voici les images du deuxième combat Rickson vs Rei Zulu. La fin en mata leão est visible dans sa version la plus brute, sans fioritures :


Sources


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Groupe d'étudiants en JJB

Venir travailler le mata leão à Ceyrat

Le mata leão fait partie des soumissions qu’on aborde dès les premières semaines : il fonctionne en kimono comme en NoGi, quel que soit le gabarit. À la Musō Jiu-Jitsu Académie, tu apprends à le poser et à le défendre dans les mêmes séances.

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