Lutte vs JJB : deux arts du grappling, deux philosophies

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Lutte et jiu-jitsu brésilien partagent le même terrain, mais pas le même but : le lutteur cherche à projeter et plaquer, le jujiteiro à soumettre. Ce que chacun peut apprendre de l’autre, sur les tatamis comme en MMA.

Si vous vous êtes déjà retrouvé sous un lutteur en randori, vous savez de quoi on parle : collé au sol, incapable de vous relever, à vous demander de quoi ce partenaire est fait. La lutte et le jiu-jitsu brésilien partagent beaucoup de terrain, au sens propre. Mais leurs objectifs, leurs outils et leur façon de concevoir la victoire divergent profondément.

Ce sont deux arts du grappling, avec deux idées très différentes de ce que signifie « gagner ».

La lutte en bref : dominer et plaquer

La lutte est l’un des plus anciens sports de combat. Les tombes égyptiennes de Beni Hassan, vieilles d’environ 4 000 ans, en montrent déjà des centaines de paires de lutteurs. Aux Jeux olympiques modernes, la lutte gréco-romaine est présente depuis 1896 et la lutte libre depuis 1904. Ce sont les deux styles olympiques :

  • la lutte gréco-romaine n’autorise les saisies qu’au-dessus de la ceinture : ni attaque des jambes, ni croche-pied. On y travaille surtout les projections et les arrachés par le haut du corps ;
  • la lutte libre autorise toutes les saisies, jambes comprises. C’est le style olympique le plus répandu dans le monde.

Aux États-Unis, la lutte universitaire (NCAA) pratique encore un troisième style, le folkstyle, avec ses propres règles.

Dans tous les cas, l’objectif est d’amener l’adversaire au sol et de lui plaquer les deux épaules au sol : c’est le tombé. On peut aussi gagner aux points, grâce aux projections et aux mises en danger, ou par supériorité technique quand l’écart devient trop grand.

Ce qu’il faut retenir : la lutte ne connaît pas la soumission. Aucun étranglement, aucune clé articulaire. On gagne en contrôlant, en projetant et en dominant, pas en forçant l’adversaire à abandonner.


Le JJB en bref : finir par la soumission

Le jiu-jitsu brésilien commence justement là où la lutte s’arrête. Son but est la soumission : étranglements, clés de bras, clés de jambes, compressions. Les points ne servent qu’à départager quand personne n’a abandonné à la fin du temps.

Le JJB revendique aussi la possibilité de gagner depuis une position défavorable. Sur le dos, en garde, vous pouvez contrôler, renverser et soumettre. Le travail au sol sur le dos existait déjà dans le judo, mais ce sont les Gracie qui l’ont développé et systématisé jusqu’à en faire une spécialité.

Un jujiteiro peut donc perdre tous les échanges debout, se faire projeter, puis gagner quelques secondes plus tard sur une clé de bras. C’est la force du JJB, et parfois sa frustration. Pour aller plus loin, voir les 5 positions fondamentales du JJB.


Comparatif rapide : lutte vs JJB

LutteJJB
Façon de gagnerTombé, points, supériorité techniqueSoumission, sinon points
Travail deboutCentralVariable selon les pratiquants
Travail au solContrôle, retournementsContrôle et finalisations
SoumissionsInterditesCœur de la discipline
TenueMaillotKimono ou NoGi

La condition physique des lutteurs

On ne peut pas parler de lutte sans parler de la condition physique de ses pratiquants.

Un lutteur de haut niveau, universitaire américain ou olympique, a en général un excellent rapport force/poids, une grande endurance aux efforts intenses et beaucoup d’explosivité. Son entraînement combine musculation, répétitions techniques et combats à haute intensité, plusieurs fois par semaine, souvent deux fois par jour en période de compétition.

Sur les tatamis de JJB, cela se sent vite. Même sans connaître une seule soumission, un lutteur ne se laisse pas contrôler facilement, reprend les positions en force et peut vous épuiser en quelques échanges. Les lutteurs qui débutent le JJB progressent d’ailleurs souvent vite : ils arrivent avec une base athlétique et une compréhension du corps-à-corps que d’autres mettent des années à acquérir.


L’amenée au sol, le domaine des lutteurs

Si le JJB a la soumission, la lutte a l’amenée au sol. Une attaque aux deux jambes (double-leg) lancée à pleine vitesse par quelqu’un qui l’a répétée des milliers de fois reste très difficile à défendre, même pour un pratiquant expérimenté.

En JJB, l’amenée au sol est souvent moins travaillée, surtout en kimono, où beaucoup de compétiteurs tirent la garde. C’est une critique fréquente adressée au JJB sportif : le travail debout y passe parfois au second plan. Beaucoup de jujiteiros complètent donc avec de la lutte ou du judo. Pour les différences entre les deux pratiques, voir Gi ou NoGi en JJB.


Ce que le JJB peut apprendre de la lutte

Même sans viser le MMA, un jujiteiro a tout intérêt à prendre à la lutte trois choses.

La défense des amenées au sol. Rester debout face à une attaque aux jambes, utiliser le sprawl, qui consiste à reculer les hanches et à peser sur l’adversaire pour déjouer l’attaque, gérer le corps-à-corps debout.

La condition physique. L’explosivité, la force des hanches et la capacité à enchaîner les efforts intenses servent à tous les niveaux.

Le contrôle. Les lutteurs savent peser sur l’adversaire, couper ses angles et maintenir la pression. C’est une part du corps-à-corps qu’ils ont poussée très loin.

Au club, le travail debout fait partie des cycles de cours : amenées au sol, sprawl et projections y reviennent régulièrement, et certains randoris démarrent debout. En compétition, chacun choisit selon son jeu de tirer la garde ou de lutter. Mais tout le monde doit savoir défendre une amenée au sol, parce que l’adversaire, lui, n’aura pas forcément fait le même choix.


Ce que le lutteur doit apprendre en arrivant au JJB

L’échange marche dans les deux sens. Un lutteur qui arrive au JJB a surtout trois choses à apprendre.

Les soumissions, bien sûr, qui ne font pas partie de son sport.

Le jeu de garde. En lutte, se retrouver sur le dos est la pire situation, puisque c’est là qu’on perd par tombé. En JJB, la garde est une position d’attaque, et il faut apprendre à y être à l’aise.

Ses réflexes de défense. Pour éviter le tombé, un lutteur a appris à se retourner sur le ventre. En JJB, ce réflexe offre le dos, la position la plus dangereuse. Il faut le désapprendre.


En MMA

Le MMA illustre bien la complémentarité des deux disciplines. La lutte y a fourni de nombreux champions, parce qu’elle permet de choisir où se déroule le combat : amener l’adversaire au sol, ou le garder debout. Daniel Cormier, lutteur olympique à Athènes en 2004, a été champion de l’UFC dans deux catégories. Henry Cejudo, champion olympique de lutte libre en 2008, a lui aussi tenu deux ceintures de l’UFC. Brock Lesnar, champion universitaire américain, a remporté le titre des poids lourds de l’UFC lors de seulement son quatrième combat professionnel.

Au sol, pourtant, la lutte seule ne suffit pas. Un lutteur sans soumissions peut dominer tout un combat et gagner aux points, mais il reste exposé à la clé ou à l’étranglement d’un spécialiste du sol. La tactique qui consiste à amener l’adversaire au sol puis à rester dessus sans chercher à finir est d’ailleurs une critique récurrente. Les combattants les plus complets combinent en général une base de lutte ou de judo et un JJB suffisant pour menacer en permanence de finir.


Conclusion

Lutte et JJB ne s’opposent pas, ils se complètent. La lutte apporte l’explosivité, le contrôle debout et la maîtrise des amenées au sol. Le JJB apporte la profondeur du travail au sol et la capacité à finir un combat par la soumission.

Un lutteur sans JJB peut dominer sans finir. Un jujiteiro sans lutte risque de subir le combat avant même d’arriver au sol. Pour une autre comparaison, voir JJB vs judo : quelles différences ?


Sources


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