L’histoire du jiu-jitsu brésilien, de 1882 à aujourd’hui

Entraînement de jiu-jitsu brésilien dans un dojo moderne

Du Kodokan de Kano à la FFJDA : l’histoire du jiu-jitsu brésilien période par période, Maeda, les Gracie, la lignée Fadda, les fédérations et l’UFC, avec uniquement des faits sourcés.

Le jiu-jitsu brésilien n’a pas été inventé d’un coup par un seul homme. Il est né d’une transmission : le judo du Kodokan, emporté hors du Japon par un judoka en tournée, s’est implanté au Brésil, où plusieurs familles et plusieurs écoles l’ont fait évoluer pendant un siècle. Voici ce que les sources permettent d’établir, période par période, en signalant ce qui reste débattu.

Au Japon : le Kodokan (1882-1904)

En 1882, Jigoro Kano, alors âgé de 21 ans, ouvre le Kodokan à Tokyo, dans un temple bouddhiste du quartier de Shitaya. Il y enseigne une méthode tirée de plusieurs écoles de jujutsu, qu’il appelle judo. Le travail au sol, le ne-waza, en fait partie dès l’origine. Pour les liens entre ces disciplines, voir jiu-jitsu brésilien et jiu-jitsu japonais.

En novembre 1904, Mitsuyo Maeda, l’un des meilleurs combattants du Kodokan, quitte le Japon pour les États-Unis avec Tsunejiro Tomita et Soshihiro Satake. Il ne s’agit pas d’une mission officielle, mais d’une tournée de démonstration destinée à faire connaître le judo. Pendant dix ans, il enchaîne démonstrations et combats de défi aux États-Unis, en Europe puis en Amérique latine, où on le surnomme « Conde Koma ».

Maeda au Brésil (1914-1921)

Maeda et sa troupe débarquent à Porto Alegre le 14 novembre 1914, puis remontent vers le nord jusqu’à Belém, dans l’État du Pará, où il s’installe. Il s’y lie d’amitié avec Gastão Gracie, un homme d’affaires associé au cirque qui accueille ses spectacles. Il y enseignera jusqu’à sa mort, en 1941.

En 1917, le fils aîné de Gastão, Carlos Gracie, commence à s’entraîner avec Maeda. Il suit son enseignement jusqu’en 1921, année où la famille part pour Rio de Janeiro.

Maeda n’a pas formé que les Gracie. Luís França, présenté comme élève de Maeda et d’autres Japonais installés au Brésil, transmettra à son tour sa pratique à Oswaldo Fadda. Le lien direct entre França et Maeda est toutefois contesté par l’historien Robert Drysdale, qui n’en a trouvé aucune preuve.

Rio et les frères Gracie (1925-1955)

En 1925, Carlos Gracie ouvre à Rio sa première académie. Ses frères s’y forment et y enseignent. George Gracie devient le premier grand compétiteur de la famille, dans les années 1920 et 1930, non sans tensions avec Carlos sur le choix de ses combats.

Hélio Gracie, le plus jeune et le plus frêle, est traditionnellement présenté comme celui qui a adapté les techniques au levier plutôt qu’à la force. Ce récit vient surtout de la famille elle-même : aucune source indépendante de l’époque ne documente précisément son rôle, qui reste débattu. Ce qui est certain, c’est qu’il a enseigné et combattu toute sa vie, et que plusieurs de ses combats ont marqué l’histoire du Brésil :

  • le 28 juillet 1934, il affronte le lutteur Wladek Zbyszko, bien plus lourd, sous des règles de jiu-jitsu. Le combat se termine par un match nul ;
  • le 23 octobre 1951, au Maracanã, il affronte le judoka japonais Masahiko Kimura. Kimura le domine et lui applique une clé d’épaule ; Hélio refuse d’abandonner, et c’est Carlos qui arrête le combat. La technique porte aujourd’hui le nom de son vainqueur : voir l’histoire de la kimura ;
  • le 24 mai 1955, à 42 ans, il affronte son ancien élève Waldemar Santana dans un combat sans limite de temps, qui dure près de 3 h 40. Hélio le perd.

Carlson, Fadda : un art qui s’élargit

Dans la génération suivante, Carlson Gracie, fils de Carlos, développe un jeu fondé sur la pression et la condition physique. Son académie de Copacabana forme de très nombreuses ceintures noires. Plusieurs d’entre elles fondent ensuite de grandes équipes, dont la Brazilian Top Team.

De son côté, Oswaldo Fadda enseigne dans les quartiers populaires de Rio. Cette lignée, dont les élèves se sont spécialisés dans les clés sur les pieds, montre que le jiu-jitsu brésilien ne s’est jamais réduit à une seule famille. Au même moment, d’autres courants du grappling brésilien se développent en parallèle : voir JJB et luta livre.

Des fédérations et des règles (1967-2002)

Le 25 avril 1967, la Fédération de jiu-jitsu de Guanabara est fondée à Rio. Hélio Gracie la préside, Carlson dirige son département technique, et Oswaldo Fadda figure parmi les fondateurs : les deux lignées travaillent ensemble. La fédération fixe l’ordre des ceintures, et organise en décembre 1973 un premier tournoi officiel, après la reconnaissance légale du sport. Pour le système qui en est issu, voir le système de grades du JJB.

En 1994, Carlos Gracie Jr., fils de Carlos, crée la Confédération brésilienne de jiu-jitsu (CBJJ). C’est elle qui organise en février 1996, à Rio, le premier Championnat du monde. La fédération internationale, l’IBJJF, n’est fondée qu’ensuite, en 2002 selon la date la plus souvent retenue ; elle a intégré ce premier Mondial à son propre historique.

Les États-Unis et l’UFC (1978-1994)

Rorion Gracie, fils d’Hélio, s’installe en Californie en 1978. En 1989, avec ses frères, il ouvre la Gracie Academy de Torrance.

En novembre 1993, il cocrée avec le promoteur Art Davie et la société Semaphore Entertainment Group le premier Ultimate Fighting Championship, un tournoi où s’affrontent des combattants de styles différents. Son frère Royce y représente la famille. Il remporte l’UFC 1, l’UFC 2 et l’UFC 4, et abandonne l’UFC 3 après son premier combat, épuisé. Sur ces quatre tournois, il signe onze victoires, toutes par clé ou étranglement sauf une, obtenue sur des frappes. Pour le public, le jiu-jitsu brésilien devient alors l’art qui permet au plus léger de battre le plus lourd, une image qui a aussi ses excès : voir comment Hollywood a vendu le JJB.

En France

La Confédération française de jiu-jitsu brésilien (CFJJB) est fondée en 2004. Elle organise depuis les principaux championnats nationaux.

La Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées (FFJDA) détient, par arrêté ministériel, la délégation pour le jujitsu et les disciplines associées. Elle intègre le jiu-jitsu brésilien à ce titre, et délivre des dans de JJB par examen depuis le 1er septembre 2026 : voir la ceinture noire de JJB à la FFJDA. Les deux circuits de compétition sont présentés dans les différents formats de compétition.

La lignée du club. La Musō Jiu-Jitsu Académie descend de la famille Gracie par Carlson Gracie : Carlos et Hélio Gracie (Gracie Jiu-Jitsu) ; Carlson Gracie (Carlson Gracie Academy), qui a promu Murilo Bustamante ceinture noire ; Murilo Bustamante (Brazilian Top Team) ; Betinho Correia, son élève à la Brazilian Top Team, qui a remis sa ceinture noire à Olivier Millier en 2011 ; Olivier Millier (Hybrid Team), professeur d’Alexandre Revire, qui enseigne au club.


Sources


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