À l’ère d’Instagram, est-ce qu’on peut encore voir naître une soumission et lui coller un nom en temps réel ? Apparemment oui. Un jeune Norvégien, Tarik Hopstock, l’a prouvé il y a une dizaine d’années avec une trouvaille maligne : prendre le verrou d’un kimura et le finir avec les jambes. C’est ce qui lui vaut son nom en « -oplata ».
Frontline Academy, 2014 : un ceinture bleue qui bricole un kimura
La Tarikoplata naît à Oslo, à la Frontline Academy, une salle dirigée par le ceinture noire brésilien Eduardo Rios. Dans les années 2010, le grappling norvégien monte en puissance, et Tarik Hopstock fait partie de cette génération qui s’entraîne dur et expérimente beaucoup.
L’origine de la technique est très terre-à-terre. Hopstock raconte qu’il galait à sortir le bras de son partenaire depuis la position de kimura par-dessus, quand l’autre serrait fort et refusait de lâcher son grip. Pour régler le problème, il se met à passer une jambe par-dessus les hanches du partenaire, histoire d’ajouter du levier et d’isoler l’épaule autrement. « Au départ ce n’était qu’une soumission, dira-t-il plus tard, mais ça m’a forcé à la voir comme une vraie position de contrôle. »
Un détail qui a son importance : un séminaire de Roberto « Cyborg » Abreu de passage à Oslo, centré sur le système de kimura trap, lui donne quelques pièces du puzzle. Tout ça se passe vers la fin 2014, alors que Hopstock n’est encore que ceinture bleue. Il sort la technique en compétition pour la première fois en 2015, à l’IBJJF Gothenburg Open, puis l’affine au fil des Pan, du World Pro et des Mondiaux de la même année.
Un kimura, mais réalisé avec les jambes
Le suffixe en « -oplata » n’est pas là par hasard. Il désigne une famille de clés d’épaule qu’on ne finit pas avec les bras, mais avec les jambes ou la hanche. L’omoplata en est la plus connue, la baratoplata une cousine, et les pratiquants ont même inventé la hippopoplata pour les variations les plus tordues. Le point commun : on attaque l’épaule adverse en se servant du bas du corps comme levier.
La Tarikoplata entre pile dans cette logique. Le verrou, lui, c’est un kimura, ce que les judokas appellent le gyaku-ude-garami et les anglophones le double-wristlock : on contrôle le poignet adverse pour isoler l’épaule et le coude. Sauf qu’au lieu de finir avec le grip en figure-four et la force du haut du corps, Hopstock passe une jambe par-dessus le bras et le corps de l’adversaire. C’est cette jambe qui ferme le cadre et applique la rotation sur l’épaule. Un kimura, donc, mais exécuté avec les jambes, et c’est exactement ce que dit le « -oplata ».
C’est aussi pour ça qu’on la classe à la fois comme une variation du kimura et comme une parente de l’omoplata : le verrou vient du premier, la mécanique d’exécution du second. Et comme Hopstock l’a vite compris, la position ne sert pas qu’à soumettre. Elle bloque l’adversaire et ouvre des transitions, un peu à la manière du kimura trap. La soumission devient une menace parmi d’autres dans un système de contrôle plus large.
Encart : Tarik Hopstock
Tarik Hopstock est un compétiteur norvégien né à Oslo, formé à la Frontline Academy sous la direction d’Eduardo Rios. Il s’est fait connaître par un jeu créatif et une vraie appétence pour les positions que personne ne travaille, ce qui colle plutôt bien au profil de quelqu’un qui invente sa propre soumission avant même d’avoir sa ceinture violette.
Il s’illustre ensuite sur le circuit grappling, en gi comme en NoGi, et son nom reste surtout attaché à cette technique qu’il a vu passer du statut de bricolage d’entraînement à celui de terme couramment utilisé dans le vocabulaire du JJB.
Une technique baptisée à l’ère d’Instagram
Ce qui rend l’histoire de la Tarikoplata intéressante, c’est la vitesse à laquelle elle s’est diffusée. Pendant des décennies, une nouvelle soumission mettait des années à circuler : un prof la montrait à ses élèves, qui l’exportaient ailleurs, et un nom finissait par s’imposer au bout d’un moment.
Là, le cycle s’est compté en mois. Des séquences de compétition filmées, des partages sur les réseaux, et le nom du créateur colle immédiatement à la technique. La Tarikoplata est nommée d’après Tarik Hopstock, tout simplement, et un instructional finit par graver l’orthographe et le contenu pour de bon. Le plus parlant, c’est qui s’en est emparé : on retrouve la technique dans l’arsenal de compétiteurs de très haut niveau comme Andris Brunovskis, Jon Thomas, Mika Galvão ou même Gordon Ryan. Qu’un truc inventé par un ceinture bleue norvégien finisse entre les mains du meilleur grappler de la planète, ça dit quelque chose sur l’époque.
La Tarikoplata aujourd’hui : mécanique et entrées
Le point de départ, c’est un contrôle de type kimura sur le bras adverse : on tient le poignet, on installe le grip en figure-four. Jusque-là, rien d’inhabituel. La différence vient de la jambe, qu’on passe par-dessus le corps ou les hanches de l’adversaire pour fermer le cadre. Cette jambe transforme le contrôle du bras en un levier complet sur l’épaule, et c’est ce qui permet de finir sans avoir à gagner un bras de fer avec quelqu’un qui défend bien.
Les entrées les plus naturelles partent des situations où le kimura traditionnel coince : depuis le dessus, quand l’adversaire verrouille son bras contre son corps, ou depuis la garde quand il tend le bras. Plutôt que de s’acharner à sortir le bras, on installe la jambe et on bascule dans la Tarikoplata.
Pour se défendre, c’est la même logique que face à un kimura : cacher le coude, le ramener contre soi, se battre sur le grip de poignet avant que la jambe ne vienne fermer le cadre. Une fois le levier installé, les options se réduisent vite, et l’adversaire se retrouve aussi bien soumis que simplement bloqué dans une position dont il ne sort pas facilement.
La technique en vidéo
Tarik Hopstock présente lui-même sa technique :
Sources
- BJJ Heroes, Tarikoplata
- Wikipédia EN, Kimura lock
- Wikipédia EN, Omoplata
- Tarik Hopstock, Tarikoplata: The Most SAVAGE Shoulder Lock (YouTube)
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Venir travailler la Tarikoplata à Ceyrat
Le kimura et ses variations passent en cours à tous les niveaux, des fondamentaux jusqu’aux systèmes de contrôle plus avancés. La Tarikoplata, c’est exactement le genre de détail qu’on découvre une fois qu’on a les bases : comprendre pourquoi une jambe bien placée change tout sur une clé d’épaule. À la Musō Jiu-Jitsu Académie, tu sens la rotation sous le grip dès les premières séances.
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