Worm Guard : l’invention qui a secoué le circuit IBJJF

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La Worm Guard de Keenan Cornelius a débarqué aux Pan Americans 2014 : le pan du kimono enroulé sous la jambe adverse, contrôle inversé. Histoire et mécanique d’une garde qui n’existe qu’en kimono.

En kimono, tout le monde croyait connaître les gardes. Puis un jeune ceinture noire fraîchement promu a sorti, en plein Pan American, un truc que personne n’arrivait à passer et pour lequel personne n’avait de nom. Son coach lui en a trouvé un : la worm guard, la garde du ver.


Atos, 2014 : le prodige et son laboratoire

Pour situer la worm guard, il faut connaître le contexte de Keenan Cornelius à ce moment-là. Il reçoit sa ceinture noire des mains d’André Galvão en septembre 2013, après un passage par la Team Lloyd Irvin puis une arrivée à Atos. À l’époque, Atos est l’une des meilleures équipes du monde en gi, avec un jeu de garde offensif et inventif.

Keenan n’arrive pas les mains vides : avant même sa ceinture noire, il a accumulé un palmarès monstrueux en violette et en marron, avec des doublés or en catégorie et en open sur les grands tournois IBJJF. Ce n’est pas un débutant qui tente un coup ; c’est quelqu’un qui exploite déjà le règlement mieux que la plupart. Dans cet environnement où l’on cherche en permanence depuis la garde, il commence à bâtir quelque chose autour d’une idée simple : et si le pan du kimono adverse servait à autre chose qu’à tirer ?


Le jour où la worm guard sort : Pans 2014 contre Murilo Santana

La première sortie en compétition est datée : le 30 juillet 2014, aux Pan American Championships, en quart de finale des mi-lourds, face à Murilo Santana. Et selon Keenan lui-même, ce n’était pas prévu.

« Je ne comptais pas l’utiliser parce que c’était encore en développement, a-t-il raconté, mais Murilo mettait énormément de pression sur ma garde et me détruisait. » Coincé, il sort donc sa position bancale, attrape le pan du kimono adverse, et soudain c’est Santana qui ne sait plus quoi faire. Au bord du tapis, André Galvão regarde la scène et lance que c’est comme regarder quelqu’un se battre contre un ver. Le nom est trouvé.

La technique fait suffisamment de bruit pour déranger. Le même mois, l’organisation Copa Podio la sanctionne pour « stalling », craignant qu’elle ralentisse les combats, avant de faire marche arrière sous la pression des fans et de se contenter d’une limite de durée. Une technique qui force une fédération à réécrire ses règles dans le mois, c’est rare.


Une garde qui retourne le passage

La worm guard fait partie des gardes dites lapel, c’est-à-dire les gardes au pan du kimono. Le principe de départ est simple : en gi, le pan adverse est une poignée permanente qu’on peut utiliser autrement qu’on en a l’habitude.

La configuration ressemble à une garde ouverte avec un crochet sur la jambe adverse. De là, Keenan récupère le pan inférieur du kimono adverse, l’enroule autour de son propre tibia, puis le fait passer sous la jambe opposée du passeur. Son pied vient se placer au-delà de la hanche adverse. Ce qui se crée, c’est une sangle de tissu qui relie le passeur à la jambe du joueur de garde, un lien qu’il ne peut ni défaire facilement ni ignorer.

Le résultat est contre-intuitif. Normalement, le passeur avance vers la pression pour passer. Là, chaque tentative d’avancer resserre le lien et l’entraîne vers le bas. La direction du passage devient sa propre contrainte. Ce qui distingue la worm guard des grips au pan plus anciens, c’est que Keenan en a fait un système complet, avec des entrées et des attaques codifiées, et pas juste un grip d’opportunité. À noter : tout ça ne fonctionne qu’en kimono. En NoGi, sans tissu à saisir, la structure n’existe pas.


Encart : Keenan Cornelius

Né le 25 février 1992 à Hilo, à Hawaii, Keenan Cornelius commence par s’entraîner chez Cassio Werneck puis à l’académie de BJ Penn, avant de rejoindre la Team Lloyd Irvin en 2011. C’est là qu’il enchaîne les titres en violette et en marron à un rythme peu commun, avec plusieurs grands chelems IBJJF doublés catégorie et open la même saison.

En 2013, il passe à Atos et reçoit sa ceinture noire d’André Galvão. En noire, il décroche notamment l’or aux Pans et aux Européens, des médailles aux Mondiaux et à l’ADCC. En 2019, il quitte Atos pour fonder sa propre académie, Legion American Jiu-Jitsu, à San Diego, qu’il construit explicitement autour du jeu de garde au pan qu’il a développé.


La garde qui a secoué le circuit

Le signe qu’une technique a vraiment marqué le circuit, c’est que tout le monde essaie de la copier et que la plupart n’y arrivent pas. La worm guard demande une compréhension fine des angles, un bon timing pour obtenir le pan, et la capacité à enchaîner vers les renversements avant que le passeur ne libère le grip. Mal utilisée, elle piège surtout celui qui la joue, qui se retrouve coincé dans sa propre position sans options, d’où sa réputation de garde lente qu’elle ne mérite pas vraiment.

La filiation se lit dans ce qui suit. Le jeu au pan devient une signature, et d’autres compétiteurs s’en emparent, comme Joao Miyao ou Rafael Mendes, en développant leurs propres variations. La squid guard, où le pan est contrôlé différemment, apparaît comme une position voisine. Le crab ride, un contrôle du dos sans crochets classiques, s’inscrit dans la même logique d’utilisation du tissu pour verrouiller la hanche adverse. Keenan a relié toutes ces pièces dans ses instructionnels, en montrant que les gardes au pan forment un système cohérent plutôt qu’une collection de coups isolés.


La worm guard aujourd’hui : mécanique et entrées

Tout commence par la récupération du pan, le plus souvent depuis une garde ouverte avec crochet De La Riva. Le joueur de garde allonge le bras pour saisir le pan inférieur du kimono adverse, au niveau de la hanche, l’enroule autour de son tibia et le guide sous la jambe opposée du passeur. C’est le geste fondateur, celui qui crée le lien.

D’autres entrées existent depuis une garde collar-sleeve, depuis la garde araignée ou depuis une De La Riva inversée : la logique reste la même, seul l’angle d’accès au pan change. Une fois le lien installé, les attaques se répartissent entre les renversements en bascule, qui exploitent le déséquilibre créé par le pan, et les attaques de jambe ou les passages au dos qu’ouvre la position basse.

Côté passeur, la défense se joue en amont : garder ses mains actives sur les hanches et son kimono hors de portée pour empêcher l’accès au pan. Une fois le grip fermé avec le pan sous la jambe, libérer ce lien devient compliqué et demande un timing précis. Comme toutes les gardes au pan, la worm guard récompense la patience et punit la précipitation : le passeur qui force sans lire le lien accélère surtout son propre renversement.


La technique en vidéo

Une analyse détaillée du jeu de worm guard de Keenan Cornelius, par BJJ Scout :


Sources


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Écrit par

Groupe d'étudiants en JJB

Venir travailler la worm guard à Ceyrat

Le jeu de garde en kimono, c’est une des raisons pour lesquelles le JJB en gi reste irremplaçable. La worm guard montre tout ce que le tissu rend possible : des angles de contrôle et des renversements qui n’existent pas en NoGi. À la Musō Jiu-Jitsu Académie, on travaille les gardes ouvertes et les principes au pan dans la progression, que tu débutes ou que tu aies déjà de la bouteille.

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