En compétition de jiu-jitsu brésilien, une soumission parfaitement exécutée peut vous faire perdre le combat. Il suffit qu’elle soit interdite à votre ceinture. Le règlement de l’IBJJF, que la CFJJB a traduit à l’identique et que la FFJDA applique sur son circuit, tient la liste de ce que chaque grade a le droit de faire. Elle s’allonge à mesure qu’on monte en ceinture, et elle change entre le gi et le NoGi.
La sanction est lourde : une technique illégale entraîne la disqualification immédiate du combat.
Ce qui est interdit à tout le monde
Certaines techniques restent interdites quels que soient la ceinture, l’âge et la tenue. Elles blessent trop vite, et trop gravement :
- le slam, qui consiste à soulever l’adversaire accroché à soi pour le projeter au sol ;
- la clé de colonne vertébrale sans étranglement ;
- le ciseau de jambes en projection, ou kani basami, qui consiste à refermer les deux jambes autour de celles de l’adversaire pour le faire tomber en arrière ;
- retourner les doigts de l’adversaire ;
- le suplex qui fait atterrir l’adversaire sur la tête ou la nuque ;
- en défense d’une amenée au sol sur une jambe, saisir la ceinture de l’attaquant pour le projeter tête la première.
Le règlement sanctionne aussi de la même façon quelques gestes qui ne sont pas des techniques à proprement parler : étrangler à mains nues autour du cou sans se servir du kimono, appuyer du pouce sur la trachée, ou boucher le nez et la bouche de l’adversaire.
Le tableau par ceinture
Pour les adultes et les masters, voici ce que dit le règlement IBJJF. Les juvéniles de 16 et 17 ans suivent la colonne des ceintures blanches, quelle que soit leur ceinture.
| Technique | Blanche | Bleue et violette | Marron et noire, gi | Marron et noire adultes, NoGi |
|---|---|---|---|---|
| Clé sur les pieds dans l’axe | permise | permise | permise | permise |
| Clé de poignet | interdite | permise | permise | permise |
| Compression du biceps ou du mollet | interdite | interdite | permise | permise |
| Clé de genou | interdite | interdite | permise | permise |
| Kimura de cheville | interdite | interdite | permise | permise |
| Clé de talon | interdite | interdite | interdite | permise |
| Clés en torsion du genou | interdites | interdites | interdites | permises |
| Knee reaping | interdit | interdit | interdit | permis |
| Kimura de cheville en poussant le pied vers l’extérieur | interdite | interdite | interdite | permise |
La logique suit la progression : la ceinture blanche n’a droit qu’à la clé sur les pieds dans l’axe du côté des jambes. La bleue gagne la clé de poignet. Clé de genou, kimura de cheville et compressions n’arrivent qu’en marron. Tout ce qui tord le genou reste réservé aux marron et noires adultes en NoGi.
Le knee reaping
Le terme revient souvent et se traduit mal. Il désigne une position plus qu’une soumission : l’un des combattants passe sa cuisse derrière la jambe de l’adversaire, ramène son mollet par-dessus le corps de celui-ci au-dessus du genou, et envoie son pied au-delà de l’axe de son corps. Le genou de l’adversaire subit alors une pression de l’extérieur vers l’intérieur, pendant que son pied reste coincé entre la hanche et l’aisselle de l’attaquant. Pas besoin de tenir le pied pour que la position soit sanctionnée.
La position sert d’entrée aux clés de talon et aux clés en torsion du genou. Elle suit donc la même règle qu’elles.
Le cas de la clé de talon
C’est la technique qui fait le plus débat sur les tatamis, et sa règle dépend de trois choses à la fois : la tenue, la ceinture et la catégorie d’âge.
- En gi, elle est interdite à toutes les ceintures, noire comprise.
- En NoGi, elle n’est permise qu’aux ceintures marron et noires de la catégorie adulte. Un master 1 ceinture noire en NoGi n’y a pas droit.
- Sur le circuit Open de la FFJDA, qui se dispute en kimono uniquement pour l’instant, elle est donc interdite à tout le monde.
Cette ouverture en NoGi date de la mise à jour du règlement applicable au 1er janvier 2021. Avant, la clé de talon était interdite à toutes les ceintures à l’IBJJF.
Sauter en garde fermée
Sauter sur un adversaire debout pour refermer la garde autour de sa taille n’est pas une technique illégale au sens du tableau. C’est une faute sérieuse, sanctionnée par une pénalité et non par une disqualification directe. Elle concerne toutes les ceintures blanches, à tout âge, et tous les moins de 15 ans, quelle que soit leur ceinture.
L’arbitre relève les deux combattants et remet le combat debout. Si l’adversaire était en train de défendre une amenée au sol au moment du saut, il marque en plus 2 points.
Les moins de 16 ans
Pour les enfants et les adolescents, la liste s’allonge selon la tranche d’âge. La clé sur les pieds dans l’axe, l’étranglement avec clé de nuque, la guillotine de face ou l’omoplata font partie des techniques qui leur sont interdites. Le détail, tranche par tranche, figure dans le tableau du règlement IBJJF.
Et à l’entraînement ?
Le règlement de compétition ne dit pas ce qui se travaille au club. Chaque dojo fixe ses propres règles, et elles peuvent être plus strictes comme plus ouvertes.
À la Musō, deux techniques sont bannies des tatamis, même en randori : le kani basami et le slam. Le risque de blessure grave est trop élevé pour ce qu’elles apportent, à l’entraînement comme ailleurs.
À l’inverse, les techniques interdites à une ceinture en compétition se travaillent à l’entraînement, avec plus de contrôle : mise en place lente, avec un partenaire qui sait ce qu’il fait, sous le regard du professeur, et un tap au moindre doute. Une ceinture blanche peut travailler les clés de poignet, une violette les clés de genou. Chacun prépare ainsi ce qui l’attend au grade suivant, au lieu de découvrir ces techniques le jour où il a le droit de les utiliser.
CFJJB, FFJDA et les autres organisateurs
La CFJJB publie son propre règlement, dont la version d’avril 2024 reprend mot pour mot le tableau de l’IBJJF. Un compétiteur qui connaît les règles d’un open CFJJB connaît donc celles d’un tournoi IBJJF.
La FFJDA n’a pas encore publié de règlement d’arbitrage propre au JJB. Son circuit Open annonce appliquer « le règlement officiel de l’IBJJF », adapté selon l’âge et la ceinture, sans détailler ces adaptations pour le moment.
En dehors de ces trois circuits, chaque organisateur écrit ses propres règles. La NAGA, Grappling Industries ou l’ADCC ont leurs règlements, avec leurs exceptions sur les clés de jambes comme sur le reste. Avant chaque compétition, lisez le règlement de l’organisateur plutôt que de supposer qu’il reprend celui de l’IBJJF.
Pour les points, les avantages et les pénalités, voir le système de points en compétition. Pour savoir dans quelle catégorie vous inscrire, voir les catégories de poids et d’âge.
Sources
- IBJJF : règlement officiel, version 6.1, juin 2024, tableau des techniques illégales (art. 6.2.3 M) et définition du knee reaping
- IBJJF : mise à jour du règlement V5.2, applicable au 1er janvier 2021 (traduction CFJJB)
- CFJJB : règlement des compétitions, avril 2024
- FFJDA : le circuit Open France Jujitsu démarre en 2026
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