La ceinture blanche, le grade le plus difficile à obtenir en JJB

Pratiquant de jiu-jitsu en kimono bleu agenouillé sur tatami

La ceinture noire impressionne, mais c’est la blanche qui coûte le plus : pousser la porte du dojo, encaisser le flot d’informations, tenir en randori.

Quand on parle de grades en jiu-jitsu brésilien, tout le monde regarde la ceinture noire. Une dizaine d’années de pratique, souvent davantage, des milliers de randoris, un statut presque mythique. Pourtant, le grade le plus difficile à obtenir se trouve tout en bas de l’échelle.

La ceinture blanche. Celle qu’on noue le premier soir, sans examen, et qu’on imagine livrée avec l’adhésion. C’est elle qui arrête le plus de monde.

Le premier obstacle : pousser la porte du dojo

La première difficulté arrive avant le premier cours. Beaucoup de gens ont envie d’essayer le JJB pendant des mois. Ils regardent des vidéos, se renseignent sur les horaires, repèrent le club le plus proche, puis trouvent une raison de repousser : pas assez en forme, trop vieux, pas le temps en ce moment, on verra à la rentrée.

La plupart n’entrent jamais. Pousser la porte d’un dojo, c’est accepter d’être le moins bon de la salle, devant des inconnus, dans une discipline où l’on se retrouve au sol avec quelqu’un sur soi. Cette décision-là, aucun grade suivant ne la redemande avec la même intensité. La bleue, la violette ou la noire récompensent des années de travail, mais le jour où l’on s’inscrit, on n’a encore aucune preuve que l’on en sera capable.


Un flot d’informations dès le premier soir

Une fois sur les tatamis, le débutant découvre qu’il doit tout apprendre en même temps, et pas seulement des techniques.

Un vocabulaire en quatre langues

Le JJB parle portugais, anglais, japonais et français, souvent dans la même phrase. Une consigne de cours peut ressembler à ceci : « prends l’underhook, passe en montée et finis en juji-gatame ». Le portugais du Brésil a donné mata-leão ou berimbolo, l’anglais domine tout ce qui vient des compétitions et des vidéos en ligne (sweep, guard pull, leg drag), le japonais est resté du judo d’origine (kimura, tatami, juji-gatame), et le français complète le tout avec ses propres traductions.

Les pratiquants confirmés passent d’une langue à l’autre sans y penser. Le débutant, lui, hoche la tête et regarde ce que fait le binôme d’à côté. Le lexique du site existe pour cette raison.

Les codes du dojo

Viennent ensuite les usages, que personne ne pense à expliquer parce qu’ils sont devenus évidents pour les anciens. Faire son nœud de ceinture pour qu’il ne se défasse pas au bout de deux minutes. Garder ses claquettes jusqu’au bord des tatamis, et ne jamais marcher dessus avec. Arriver avec les ongles coupés et un kimono propre.

Et la grande question du premier randori : on salue comme en judo, on se tape dans la main, on se checke du poing ? Chaque club a ses habitudes, et le débutant les apprend en observant. Les règles de base au dojo en font le tour, mais personne ne les retient toutes au premier cours.


Des techniques qui n’ont rien de naturel

Le JJB se pratique en grande partie au sol, et le sol n’est pas notre élément. Au quotidien, on passe sa vie debout ou assis. Se retrouver sur le dos avec quelqu’un entre les jambes, et apprendre que c’est une position de travail, demande de désapprendre des réflexes installés depuis l’enfance.

Certains de ces réflexes jouent même contre le débutant. Quand quelqu’un est assis sur son ventre, l’instinct pousse à tendre les bras pour le repousser. En JJB, un bras tendu vers le haut est une invitation à une clé de bras. La bonne réponse, coudes serrés et travail des hanches, va contre tout ce que le corps propose spontanément.

Il faut aussi réapprendre à sentir son corps. La proprioception, cette capacité à savoir où se trouvent ses bras et ses jambes sans les regarder, ne répond plus de la même façon quand on est à l’envers, sur le côté ou en train de rouler. Les roulades avant et arrière des échauffements donnent le tournis les premières semaines. Les sorties de hanche, qui paraissent si fluides chez les autres, ressemblent chez le débutant à un poisson échoué sur un quai.


En randori, tout gérer en même temps

Puis arrive le randori, le combat d’entraînement. C’est là que tout se cumule. Le débutant doit gérer quatre choses à la fois :

  • sa force, qu’il a tendance à donner entièrement dès les premières secondes ;
  • son souffle, qu’il bloque sans s’en rendre compte à chaque effort ;
  • sa survie, c’est-à-dire ne pas se faire soumettre, protéger son cou et ses bras ;
  • sa contre-offensive, repérer le moment où il peut sortir ou renverser.

Les pratiquants expérimentés gèrent ces quatre dimensions sans y penser, parce que des années de randoris les ont automatisées. Chez le débutant, chacune réclame toute l’attention disponible. Résultat classique : trois minutes de randori, une minute de combat utile, et deux minutes à chercher son air en se demandant comment l’autre fait pour avoir l’air aussi détendu. Les erreurs courantes des débutants reviennent en détail sur la force et la respiration.


Tenir jusqu’à la bleue

Tout cela ne dure pas quelques semaines. Avec deux à trois séances par semaine, la ceinture blanche se porte d’un an à deux ans et demi avant de passer bleue. La progression en JJB détaille ce qui fait varier ce délai.

Pendant cette période, le débutant perd la plupart de ses randoris, parfois contre des gens arrivés trois mois après lui. Certaines semaines, rien ne rentre. Les barrettes arrivent au compte-gouttes, et de l’extérieur, rien ne montre qu’il avance. Au bout d’un moment, la vraie difficulté devient de revenir au cours suivant.

Le contenu technique du grade, survivre, sortir, renverser puis soumettre, est détaillé dans l’article sur la ceinture blanche en JJB. Il ne sert à rien à qui a arrêté de venir au bout de six semaines.


Ce que représente une ceinture blanche

On sourit parfois de la ceinture blanche qui se perd dans ses propres jambes ou qui oublie de respirer. Tous les pratiquants sont passés par là, y compris ceux qui portent aujourd’hui une noire. La différence entre eux et ceux qui ont arrêté tient rarement au talent : ils sont revenus.

Une ceinture blanche sur les tatamis, c’est quelqu’un qui a pris la décision de gravir une montagne. On devrait tous respecter ça, gradés compris.


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Groupe d'étudiants en JJB

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