Jiu-jitsu brésilien et jiu-jitsu japonais : quelles différences ?

Combat de jujitsu entre deux athlètes en compétition

Le jiu-jitsu brésilien et le ju-jitsu japonais partagent une origine commune, du jujutsu au Kodokan de Jigoro Kano. Ce qui les distingue aujourd’hui, et comment choisir entre les deux.

Quand quelqu’un dit « jiu-jitsu », tout le monde ne parle pas de la même chose. Le jiu-jitsu brésilien (JJB) et le ju-jitsu japonais partagent un ancêtre commun, des tatamis et parfois un kimono. Mais ils ont pris des chemins très différents.

En résumé : le ju-jitsu, tel qu’on l’enseigne en France, garde une approche globale, avec des frappes, des projections, des clés, des étranglements et la défense contre les armes. Le JJB s’est spécialisé dans le combat au sol et la soumission. Voici d’où ils viennent, ce qui les distingue aujourd’hui, et comment choisir.

Une origine commune

Le jujutsu, une famille d’écoles

Le mot jujutsu (柔術) signifie littéralement « l’art de la souplesse ». Il n’a jamais désigné une méthode unique : c’est une famille d’écoles, les ryu, chacune avec ses techniques et sa pédagogie. Parmi les plus anciennes connues, la Takenouchi-ryu est fondée en 1532. Les écoles se multiplient ensuite pendant l’époque d’Edo (1603-1868). On y trouve des projections, des clés, des étranglements et des immobilisations, souvent avec des armes courtes.

Kano et le judo

Au XIXe siècle, avec la fin du Japon féodal, le jujutsu décline. En 1882, Jigoro Kano, alors jeune enseignant de 21 ans, fonde le Kodokan à Tokyo. Il part des techniques de plusieurs écoles de jujutsu, retire les plus dangereuses et crée le judo. Il généralise surtout le randori, le combat d’entraînement contre un partenaire qui résiste, qui permet de pratiquer à pleine intensité sans se blesser. C’est ce principe qu’on retrouve aujourd’hui dans chaque cours de JJB.

Du Kodokan au Brésil

Mitsuyo Maeda, judoka du Kodokan, quitte le Japon en 1904 pour une longue tournée de démonstrations et de combats. Il arrive au Brésil en novembre 1914, à Porto Alegre, puis s’installe à Belém. C’est là qu’en 1917, Carlos Gracie, fils de Gastão Gracie, commence à s’entraîner avec lui.

Carlos transmet ensuite cet enseignement à ses frères, dont Hélio, et la famille Gracie le fait évoluer pendant des décennies vers un jeu fondé sur le levier et la position au sol. Le rôle exact d’Hélio dans cette évolution reste débattu. Le détail de cette filiation est dans l’histoire du jiu-jitsu brésilien, et le parallèle avec le judo au sol des universités japonaises dans Kosen judo et JJB.

L’UFC, la vitrine

Le JJB reste peu connu hors du Brésil jusqu’en 1993. Au premier UFC, Royce Gracie, fils d’Hélio, bat successivement un boxeur, un pratiquant de shootfighting et un spécialiste de savate, tous par soumission. Le JJB devient alors une référence pour le combat au sol.


Le ju-jitsu aujourd’hui en France

En France, le ju-jitsu relève de la Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées (FFJDA, ou France Judo). Il garde une approche globale : frappes, projections, travail au sol, clés et étranglements debout comme au sol, défense contre les armes, et une part importante de self-défense.

Il se décline en plusieurs formats de compétition, sous le règlement de la Ju-Jitsu International Federation (JJIF) :

  • le ne-waza, le combat au sol, la forme la plus proche du JJB, avec son propre règlement ;
  • le fighting system, qui enchaîne dans un même combat une phase de frappes, une phase de saisies et de projections, puis une phase au sol ;
  • le duo system, une démonstration de techniques en binôme, notée par des arbitres ;
  • le ju-jitsu contact, un combat avec frappes, plus proche du MMA.

À noter : la FFJDA détient aussi la délégation ministérielle pour le jiu-jitsu brésilien. Elle organise ses propres compétitions de JJB et délivre des dans de JJB par examen depuis le 1er septembre 2026 : voir la ceinture noire de JJB à la FFJDA.


Le JJB : la spécialisation au sol

Là où le ju-jitsu couvre tous les registres, le JJB a choisi de creuser le combat au sol. Il en a tiré une profondeur technique qu’on trouve rarement ailleurs.

Le jeu de garde y est un monde en soi : garde fermée, demi-garde, garde De La Riva, garde papillon et bien d’autres, chacune avec ses renversements et ses attaques. Les passages de garde, les positions dominantes (montée, contrôle latéral, dos, genou poitrine) et les sorties forment autant de sous-systèmes. Les soumissions couvrent les étranglements, les clés de bras et les clés de jambes, comme la clé de talon ou la kimura de cheville. Pour les positions, voir les 5 positions fondamentales du JJB.

Le JJB se pratique en kimono ou en NoGi : voir Gi ou NoGi en JJB. Et il a un circuit de compétition très actif, en France comme à l’international, avec les Opens de France Judo, de la CFJJB et de l’IBJJF : voir les différents formats de compétition.


Comparaison point par point

Jiu-jitsu brésilienJu-jitsu
SpécialitéCombat au solApproche complète, debout et au sol
FrappesNonOui, sauf en ne-waza
ProjectionsAmenées au sol, souvent moins travailléesTrès développées, héritées du judo
Travail au solTrès développéPrésent, surtout en ne-waza
Défense contre les armesNonOui
RandoriDès les premières semainesIntroduit plus progressivement
Démonstration de techniquesNonOui (duo system)
TenueKimono ou NoGiKimono blanc
Organismes en FranceFFJDA (délégation), CFJJB, IBJJFFFJDA, JJIF
Grades5 ceintures adultes, puis degrés sur la noireCeintures de couleur du judo, puis dans

Deux ambiances

En JJB, le randori occupe une grande place dès le début. L’apprentissage passe par l’expérimentation : on essaie, on échoue, on recommence, contre un partenaire qui résiste. La soumission reste le but, mais on la prépare par la position.

En ju-jitsu, l’apprentissage est souvent plus codifié : on maîtrise une technique avant de passer à la suivante, et l’opposition libre arrive plus tard dans la progression.

L’héritage japonais n’a pas disparu du JJB pour autant. Au club, les cours commencent et finissent par un salut, le vocabulaire garde sa part de japonais, comme le randori ou les tatamis, et le nom même du club vient du japonais : voir ce que « Musō » veut dire.


Les grades

En JJB

Cinq ceintures pour les adultes : blanche, bleue, violette, marron et noire. Au club, on reste en général d’un an à deux ans et demi en blanche, deux à trois ans en bleue, deux à trois ans en violette et un à trois ans en marron. L’IBJJF fixe des âges minimums : 16 ans pour la bleue, 18 ans pour la marron, 19 ans pour la noire. La ceinture noire compte ensuite six degrés, puis viennent la rouge et noire, la rouge et blanche et la rouge. Voir lire une ceinture de JJB.

En ju-jitsu

Le système reprend celui du judo : blanche, jaune, orange, verte, bleue, marron, puis noire et dans, avec des passages de grade devant un jury.

Un judoka ou un jujitsuka qui arrive au club repart en ceinture blanche : les grades ne se transposent pas d’une discipline à l’autre. Mais son expérience des chutes, des saisies et du travail au sol lui fait en général progresser plus vite.


Quel art choisir ?

La question du « meilleur » n’a pas de sens : tout dépend de ce que vous cherchez.

Le JJB convient si vous voulez vous spécialiser dans le combat au sol, pratiquer le randori très régulièrement, faire de la compétition ou vous préparer au MMA. Pour savoir comment se passe une première séance, voir votre premier cours de JJB.

Le ju-jitsu convient si vous cherchez une formation martiale plus complète, avec des frappes, des projections et du sol, une self-défense travaillée de façon explicite, et une place plus grande donnée à la culture japonaise.

Beaucoup de pratiquants combinent d’ailleurs les deux : un judoka qui vient chercher le sol, un jujiteiro qui apprend à projeter. Pour une autre comparaison, voir JJB vs judo : quelles différences ?


Sources


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Écrit par

Groupe d'étudiants en JJB

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